C’est le genre de commentaires que l’on retrouve dans sept lettres envoyées à l’arrondissement de Montréal-Nord par des citoyens s’opposant à la proposition des organisateurs de Hoodstock, à l’été 2010, de rebaptiser le parc Henri-Bourassa « parc Fredy Villanueva ».
Ces lettres ont été obtenues par Alexandre Popovic, porte-parole de la Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP), en vertu de la Loi sur l’accès aux documents publics.
M. Popovic a appris l’existence de ces lettres à l’occasion d’un reportage diffusé sur les ondes de Radio-Canada, le 5 août 2010, et dans lequel le directeur des relations avec les citoyens de Montréal-Nord, Hugues Chantal, disait recevoir « des dizaines de courriels et d’appels par jour ces temps-ci », ajoutant que ceux-ci « frôlaient la centaine ». M. Chantal justifiait en partie le refus de l’arrondissement de même considérer la suggestion du Hoodstock par son accueil nettement défavorable auprès d’une « centaine » de citoyens.
Or, la demande d’accès de M. Popovic a révélé que, au total, seules sept courriels ont effectivement été reçus par l’arrondissement. En revanche, on ignore combien d’appels ont été logés.
De plus, les renseignements personnels sur les auteurs n’étant pas disponibles, il est impossible d’établir combien de ces lettres ont été écrites par des Nord-Montréalais.
Certaines de celles-ci ne se contentent pas de se prononcer sur la suggestion du Hoodstock. On y confond volontiers Dany Villanueva et son frère Fredy, mettant délibérément les deux Villanueva dans le même panier. Ainsi, Fredy y est qualifié à quelques reprises de « petit voyou », et même, à une occasion, de « petit bandit immigrant ».
Or, si les démêlés de Dany Villanueva avec la justice ont été largement médiatisés, son frère Fredy, qui n’a jamais été accusé de quoi que ce soit, n’était pas fiché comme membre de rue et n’était pas connu des milieux policiers, comme l’a admis l’avocat de la Ville de Montréal lui-même, Pierre-Yves Boisvert, à l’audience du 6 juillet 2010.
Et pourtant… La confusion semble toujours régner quand il est question des Villanueva. « Personne ne mérite de mourir de cette façon. Mais lui aussi a fait un choix de vie… Il a voulu suivre les traces de son grand frère peut-être », lit-on dans une des lettres.
Rappelons que, l’été de sa mort, Fredy Villanueva travaillait comme cueilleur de haricots à Saint-Rémi. Il venait de terminer sa 4e secondaire et projetait d’obtenir un diplôme d’études professionnelles (DEP) en électricité automobile.
Des commentaires qui font tiquer
Outre ces erreurs factuelles, certaines des lettres reçues s’appuient largement sur des stéréotypes et des préjugés raciaux, voire carrément racistes.
« La ville ne prend même plus sa place pour ne pas offenser ces petites “bêtes” quand on sait que pour plusieurs d’entre eux, ils n’ont même pas leur citoyenneté canadienne, sont sur l’aide sociale, lit-on dans l’une d’entre elles. [Les jeunes disent] qu’ils sont persécutés? Qu’ils arrêtent de boire! »
Un citoyen distingue les « ethnies » des « payeurs de taxes » et « bons citoyens ». Pour un autre, « le meilleur qui pourrait arrivé [sic] serait que cette famille déménage… ou se fasse discrète… ».
Quand il considère l’usage que l’arrondissement a fait de ces lettres à l’été 2010, s’y appuyant publiquement pour justifier sa décision, M. Popovic avoue ressentir un malaise.
« Je trouve déplorable que l’arrondissement ait accordé un droit de veto à ces gens-là, a-t-il déclaré. Le ton haineux de ces lettres devrait plutôt allumer un signal d’alarme à l’arrondissement. »
Selon M. Popovic, celui-ci aurait dû profiter de cette occasion pour « participer activement à cet effort de recherche de la vérité » qu’a constituée l’enquête publique du coroner, notamment en dénonçant les préjugés raciaux et en rectifiant les faits à chaque fois que c’était nécessaire.
M. Popovic craint qu’en ayant plutôt donné raison aux auteurs de ces lettres, ceux-ci se soient vu confirmer dans leurs préjugés.
Étant en vacances, M. Chantal n’a pu expliquer pourquoi il a cru bon, à l’époque, de se servir de ces lettres dans le cadre d’un reportage.
À l’arrondissement, on rappelle toutefois que, bien avant que les citoyens s’expriment sur la proposition Hoodstock, celle-ci avait déjà été écartée, pour des considérations qui relèvent de critères toponymiques. Ces lettres auraient peu pesé dans la décision.

