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Une tempête dans la vie de Mélanie Carpentier

Une tempête dans la vie de Mélanie Carpentier

Une tempête dans la vie de Mélanie Carpentier

Philippe Beauchemin
Publié le 19 Novembre 2008
Publié le 19 Mars 2010
Philippe Beauchemin

Gang de rue, fugues, drogue, prostitution…

Dépendante à la drogue, fugueuse à des nombreuses reprises, mère monoparentale à 19 ans, puis danseuse dans les clubs et finalement prostituée, Mélanie Carpentier parle crûment de son expérience de vie devant un auditoire attentif.

Sujets :
Tunnel La , Québec

« Je suis née lors d’une formidable tempête de neige, en janvier 1978. Et j’ai l’impression que cela a affecté toute ma vie, parce que la tempête, elle n’a jamais cessé de me suivre. »

Invitée par les conseillers d’orientation du Carrefour jeunesse-emploi Bourassa-Sauvé dans le cadre de la Semaine québécoise de l’orientation, la jeune femme, qui a maintenant 30 ans, a rapidement capté l’attention des jeunes présents au local des Fourchettes de l’espoir. Là, durant près de deux heures, elle ne s’est pas défilée, laissant tomber les tabous et l’autocensure pour parler de sa vie et de ce qui lui est arrivée. Le but de la conférence : démontrer que malgré les embûches, il est possible de se relever et de poursuivre son chemin dans la vie. « J’étais une première de classe, dit-elle. J’étais une fille super dynamique et bonne dans les sports. Puis, j’ai eu un accident, à l’âge de 12 ans, tout juste avant mon entrée à l’école secondaire. »

Cet événement a modifié les 15 années suivantes de sa vie et a entraîné Mme Carpentier sur un chemin de vie loin d’être rose. « J’ai été dans le coma durant un mois, j’avais des fractures partout, on m’a refait une partie du visage. Lorsque je suis retournée à l’école, j’étais vraiment « maganée ». Mes amis du primaire avaient honte de se tenir avec moi. Rapidement, je me suis retrouvée à l’écart, seule, sans amis et, surtout, sans estime de moi-même. Mon Dieu que je ne m’aimais pas ! »

Elle s’est donc tournée vers un gang de rue qui l’acceptait comme elle était, pensait-elle à l’époque. « Rapidement, les problèmes se sont enchaînés. Je me suis mise à fuguer de la maison, puis j’ai commencé à prendre de l’alcool, de la drogue et je suis tombée dans la spirale sexuelle qui accompagne souvent ce milieu-là. Et vous savez pourquoi je faisais tout ça? Parce que je ne m’aimais pas. » À l’âge de 18 ans, elle est devenue danseuse nue. « Personne ne m’a obligée à danser, tient-elle à préciser. Je voyais ça comme un moyen facile de faire beaucoup d’argent et surtout, je voyais dans les regards des hommes que j’étais belle et importante. »

Puis, à 19 ans, elle tombée enceinte. « Mon chum, qui était un membre influent d’un gang de rue, m’a sacrée là très rapidement. J’étais donc seule pour m’occuper de mon bébé. Neuf jours après avoir accouché, j’étais de retour sur un stage, nue et dansant pour des clients. Je m’enfonçais de plus en plus dans l’enfer des drogues dures. Je consommais pour 280 $ de cocaïne par jour et pour cela, je me suis mise à fréquenter des gars du crime organisé. C’était l’enfer et j’ai pensé au suicide. »

La lumière au bout du tunnel

La soixantaine de jeunes présents sont restés attentifs tout au long de la conférence, questionnant à quelques reprises les choix de vie de Mme Carpentier.

« Pourquoi tu faisais ça ? » était la question qui revenait le plus souvent. Et la réponse était toujours la même: « Parce que je ne m’aimais pas. » « Il est facile de dire que ce n’est pas sa faute, que c’est la faute d’un tel, de l’école, de la police, de la société. Mais au fond, il y a toujours une raison pour ce qui nous arrive et nous sommes responsables de nos actes. »

Depuis quatre ans, Mélanie Carpentier donne des conférences un peu partout au Québec, parlant avec les jeunes qu’elle rencontre, ne jugeant pas les choix de vie, mais expliquant son parcours. Ce sont ces rencontres qui lui permettre d’enfin voir la lumière au bout du tunnel. « Soyez juste conscients qu’il y a des moments où les actes de votre passé reviendront hanter votre présent, fait part Mme Carpentier. Mais il ne faut pas lâcher, il faut poursuivre son chemin et surtout, vivre. »

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