Crise à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont: le ministre Bolduc relocalise des patients et agrandira l’urgence

Yvan
Yvan Fortin
Envoyer à un ami

Envoyer cet article à un ami.

Face à la grogne généralisée concernant les conditions de travail et l’engorgement de l’urgence, de même que la pénurie de lits sur les étages à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a annoncé en conférence de presse le 26 février, des mesures visant à résorber la crise touchant ce centre hospitalier, lequel avec Santa-Cabrini, dessert un bassin d’un demi-million de personnes.

Crise à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont: le ministre Bolduc relocalise des patients et agrandira l’urgence

M. Bolduc a déclaré, qu’en fin de semaine, une centaine de patients allaient être relocalisés à l'extérieur de l'hôpital afin de pouvoir recevoir des soins de longue durée. À moyen terme, il a affirmé que l'urgence de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont sera agrandie et rénovée. Les détails concernant ces travaux majeurs seront précisés dans les prochaines semaines. Le ministre a reconnu que la situation dans le monde de la santé est problématique, surtout dans l'Est métropolitain, où « les besoins sont en croissance phénoménale ». « Depuis jeudi au ministère, on travaille de manière acharnée pour trouver des solutions, certaines à court terme et d'autres, permanentes », a affirmé Yves Bolduc.

L'opposition se fait entendre

De son côté, Bernard Drainville, porte-parole du Parti québécois dans le dossier de la santé, a soutenu qu’il fallait agir immédiatement et plus rapidement que ne l’a fait le ministre Bolduc.

M. Drainville a avancé que le ministre Bolduc n'a pas répondu aux attentes nées dans la foulée de sa nomination comme ministre de la Santé et des Services sociaux. « Quand M. Bolduc est arrivé en poste, il a dit qu'il allait régler le problème aux urgences. Depuis qu'il est là, la situation se détériore. Les gens ont besoin d'être rassurés et ont besoin de savoir que le ministre tente de corriger le problème. »

Le porte-parole de l’Opposition officielle soutient, entre autres, que le gouvernement libéral de Jean Charest doit accroître les services en médecine familiale. « Ça fait des années qu'on est en réforme et qu'on nous dit qu'on va désengorger les urgences, mais que rien ne bouge », a clamé M. Drainville.

Pour sa part, le chef de l'Action démocratique du Québec (ADQ), Gérard Deltell, est du même avis: « Le gouvernement s'est engagé depuis 2003 à régler le problème des urgences. Mais c'est pire sous son administration. »

Mécontentement généralisé

Depuis une dizaine de jours, les critiques dans le milieu de la santé fusent de toutes parts pour dénoncer l'encombrement et l'engorgement des services d'urgence.

L'Association des médecins d'urgence du Québec (AMUQ) juge que des patients meurent inutilement en raison de l'engorgement des salles d'urgence.

Son vice-président, Bernard Mathieu, a fait remarquer que l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, auquel il est rattaché, connaît un taux d'occupation dépassant régulièrement les 150 %.

Il lui semble que les ressources du système de santé ne sont pas en mesure de faire face au fait que l'urgence constitue la porte d'entrée d'une population vieillissante. « C'est clair pour moi que le Centre de santé et de services sociaux (CSSS Lucille-Teasdale) a un rôle majeur à jouer. On a besoin de ressources en convalescence, on a besoin de ressources intermédiaires et de longue durée et de soins à domicile également. »

Mentionnons que lundi, le neveu d'une patiente atteinte de la maladie d'Alzheimer a dénoncé le fait que Mariette Fournier a attendu quatre jours dans les corridors de l’urgence avant qu'on ne lui trouve une place en gériatrie. Elle est finalement décédée.

La solution à court terme pour l'Agence de la santé et des services sociaux est d'ouvrir de nouveaux lits. Mais à long terme, les solutions devront passer par une réforme majeure du système de santé. « D'ici cinq ans, on va avoir beaucoup plus d'accessibilité aux omnipraticiens. Et c'est dans les cinq à dix ans, où la clientèle baby-boomer va commencer à entrer dans le système. Moi, j'ai l'impression que le "planning" en cours actuellement va être capable de répondre », soutient David Levine, le président-directeur général de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal. Devant les critiques, ce dernier a demandé aux médecins d'urgence et aux infirmières de faire preuve de patience.

En ce qui a trait à l’obligation des horaires de travail allongés, Gyslaine Desrosiers, présidente de l'Ordre des infirmières, a déclaré mercredi que l’obligation de faire des heures supplémentaires sur une base régulière est un abus de pouvoir de la part du gouvernement. Les infirmières ont soutenu que le ministre de la Santé fait la sourde oreille à leurs recommandations pour réaménager leur temps de travail.

De son côté, le ministre Bolduc a affirmé que le temps supplémentaire était certes difficile pour le personnel hospitalier, mais que ce dernier devait rester fidèle au poste. « La première responsabilité est envers nos patients et même dans des situations où nous sommes fatigués, on n'a pas le choix. Je pense qu'il faut s'entendre avec l'établissement pour réussir à minimiser [la situation] », a-t-il dit, en ajoutant: « on veut offrir les meilleures conditions possible, mais nous sommes en pénurie de personnel ».

Vendredi midi, des syndiqués de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont ont manifesté devant l’établissement. La manifestation était organisée par la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) et les Professionnels (le)s en soins de santé unis (PSSU). La fin de semaine dernière, des employés de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont avaient eu à travailler 18 heures d'affilée; une situation qualifiée « de pas exceptionnelle ».

La présidente de la FIQ, Régine Laurent y est allé de la déclaration suivante: « Les solutions, on les connaît. Mais on ne les applique pas. Le milieu lance aujourd'hui un cri du coeur. On demande que le gouvernement ait le courage politique de mettre ces solutions en application. »

Organisations: Hôpital Maisonneuve-Rosemont, Action démocratique du Québec, Parti québécois Services sociaux Agence de la santé et des services sociaux de Montréal Association des médecins d'urgence du Québec AMUQ Ordre des infirmières Fédération interprofessionnelle FIQ

Lieux géographiques: Québec

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5

Merci d'avoir voté

Haut de page

Commentaires

Commentaires