Guy Gauthier enseigne l’anthropologie au cégep Marie-Victorin. C’est aussi un passionné d’anthropologie judiciaire et médico-légale.
(Photo: Daniel Marchand)
Quand la science fait témoigner les morts, ou la passion de la vérité
Qu’ont en commun l’attaque terroriste du 11 septembre, les génocides du Kosovo, du Rwanda et de l’Irak, les victimes exhumées du naufrage du Titanic et la momie du pharaon Toutankhamon? Des anthropologues ont été appelés sur place pour identifier les victimes ou faire la lumière sur les éléments ayant entouré leur mort. À la lecture du livre Quand la science fait témoigner les morts, les gens en sauront plus sur les techniques utilisées par ces experts pour résoudre ces affaires.
Guy Gauthier, professeur d’anthropologie judiciaire et médico-légale au cégep Marie-Victorin, s’est penché sur 34 cas tirés de l’histoire récente et ancienne, sur lesquels il lève le voile. « Combien de mystères perdurent des dizaines, des centaines et même de milliers d’années, faute de pouvoir en résoudre les énigmes? » Telle est la question que s’est posée ce résident de Rivière-des-Prairies qui a écrit auparavant de nombreux articles dans des revues, a participé à plusieurs émissions de télé en tant que spécialiste en plus d’avoir collaboré à l’ouvrage Médecine légale, publié en Belgique aux Éditions De Boeck.
« Les émissions comme CSI,Bones, Cold Case et les livres de Kathy Reichs ont suscité un engouement pour le médico-légal, mais on n’y parle pas de l’interaction requise entre les diverses méthodes d’investigation anthropologique pour faire la lumière sur une affaire. Mon livre vulgarise les différentes techniques utilisées et traite de leur utilisation avec chacun des cas abordés », explique ce passionné.
M. Gauthier est fier de souligner que son livre constitue une première mondiale. Il s’agit, en effet, du premier ouvrage écrit originellement en langue française vulgarisant les techniques anthropologiques et s’adressant à un auditoire non spécialisé.
Méthode et patience pour trouver la vérité
L’ouvrage, paru chez Stanké Quebecor Média, répond à plusieurs questions :
– Comment fait-on pour identifier un corps à l’état squelettique?
– Comment détermine son identité, son sexe, son âge, sa race, et son
occupation professionnelle?
– Comment faire pour déterminer le moment d’un décès et sa cause (meurtre, suicide, mort naturelle, génocide…)?
– Que fait-on pour déterminer le type d’arme utilisée dans un crime?
L’étude des os et les analyses d’ADN ne sont que quelques-unes des techniques d’investigation utilisées par les experts. Il arrive parfois que la scène soit si vaste ou que le nombre de victimes soit si élevé que les autorités doivent faire appel à plusieurs anthropologues.
Dans le dossier de Robert William Pickton, soupçonné d’être le plus important tueur en série de l’histoire canadienne et dont la cause est actuellement devant les tribunaux, pas moins de 90 anthropologues ont été appelés à la rescousse pour quadriller les 5.5 hectares de la porcherie. « Pour identifier les victimes, mes collègues ont demandé aux parents des femmes disparues d’expédier aux autorités une brosse à dents, une brosse à cheveux et une enveloppe cachetée avec la salive de la disparue. Ils ont alors comparé l’ADN recueilli sur ces objets avec celui provenant de petits fragments d’os humains retrouvés dans le lisier de porc. »
Ces analyses prennent du temps et de l’argent. Ainsi, on a réussi à identifier les restes de 1600 des 2749 personnes portées manquantes à la suite de l’effondrement du World Trade Center.
« L’anthropologie médico-légale requiert de la méthode et de la patience. Le plus petit détail peut contribuer à faire émerger la vérité. » L’anthropologue prairivois possède lui aussi ces qualités, puisque la rédaction de son nouveau livre a nécessité plus de 1300 heures en recherche, en lecture et en rédaction. À ces qualités, on pourrait ajouter la générosité car M. Gauthier a renoncé à ses droits d’auteur. Les profits provenant de la vente de ce livre seront répartis entre le Club des petits déjeuners du Québec, Moisson Montréal, Le Bon Dieu dans la rue et la Fondation OLO.
Quand la science fait témoigner les morts, Guy Gauthier, édition Stanké Quebecor Media, 176 pages. ISBN 978-2-7604-1038-1. Prix de détail suggéré : 24,95 $
(Photo: Daniel Marchand)