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Une semaine sous les feux de la rampe

Les conséquences d'une couverture médiatique soutenue

Olivier Arbour-Masse par Olivier Arbour-Masse
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Article mis en ligne le 20 août 2008 à 11:59
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Une semaine sous les feux de la rampe
Montréal-Nord est le centre d'attractions des médias du Québec depuis le 9 août dernier. (Photo: Daniel Marchand)
Une semaine sous les feux de la rampe
Les conséquences d'une couverture médiatique soutenue
Les yeux de la province entière ont été braqués sur Montréal-Nord, la semaine dernière, le temps de traiter sous tous les angles les suites de l'émeute et de la mort de Freddy Villanueva. À la une des journaux et en ouverture des télé-journaux, les images d'un quartier embrasé étaient diffusées en boucle.
« Quand il y a des événements négatifs, les médias sont toujours là », déplore Guillaume André, directeur du Centre communautaire multiethnique de Montréal-Nord. Et la semaine dernière, ils étaient bien présents. La rue Pascal s'était métamorphosée. À l'intersection du boulevard Rolland, les camions de télévision avaient jeté l'ancre pour tirer le maximum d'informations de cette histoire.

En fait, la couverture de l'émeute a occupé 6,83 % de l'actualité québécoise du 12 au 18 août, selon la firme Influence communication qui analyse le travail des médias. Ce poids médiatique en fait la cinquième nouvelle en importance depuis le début de l'année et la deuxième depuis le début de l'été, après les Jeux olympiques de Pékin. Le président d'Influence communication, Jean-François Dumas, compare l'importance accordée à l'émeute à la couverture d'une campagne électorale.

« Ça fait mal de voir son quartier à la télévision pour les mauvaises raisons », relate Guillaume André, qui travaille dans Montréal-Nord depuis une trentaine d'années. Le cinéaste Will Prosper n'a pas, lui non plus, apprécié la couverture médiatique durant la semaine suivant l'émeute. Il croit que les médias ont, à tort, évoqué l'implication des gangs de rue dans cette affaire. « Il y avait des gens de toutes les races qui se sont rebellés », estime celui qui est à la base de Montréal-Nord Républik, un groupe formé à la suite des émeutes pour exiger, entre autres, la démission du maire Marcel Parent.

M. Prosper va plus loin, dénonçant la couverture faite, en tout temps, de l'arrondissement dans lequel il réside. « On dépeigne Montréal-Nord comme la capitale des gangs de rue, mais il n'y aurait que 500 membres de gang sur l'île de Montréal alors qu'on est 85 000 dans l'arrondissement », explique celui qui a Montréal-Nord « tatoué sur le cœur ». Selon lui, cela nuit grandement à l'image du quartier. « Le résident de Sept-Îles va craindre Montréal-Nord si ça continue », poursuit-il, concédant qu'il est impératif de régler certaines problématiques dans le secteur.

Comme Will Prosper, tous les intervenants interrogés s'entendent pour dire que Montréal-Nord est synonyme de mauvaise presse. « C'est comme ça que les médias fonctionnent, expliquait le chroniqueur Richard Martineau, sur les ondes du 98,5 FM, la semaine dernière. C'est quand ça va mal qu'on en parle. »

Malgré tout, Guillaume André est persuadé que du positif sortira de la vaste couverture médiatique dont Montréal-Nord continue de faire l'objet. « Cela va forcer les gens à bouger pour régler les problèmes du quartier, croit-il. La police va devoir changer son approche et les organismes communautaires vont devoir essayer de parler plus aux jeunes qui ne font confiance à personne d'autre qu'à eux-mêmes. »
Tribune ratée
Sur toutes les tribunes, les intervenants ont parlé de l'accumulation de frustrations qui animait les jeunes le soir de l'émeute. M. André, comme plusieurs, voit dans l'émeute le « cri d'alarme » de ces jeunes face à l'exclusion sociale et économique dont ils sont victimes.
Pour sa part, l'intervenant au Centre des jeunes l'Escale 13-17, Franz Jean-Jacques, considère que les jeunes n'ont pas saisi l'occasion qui s'offrait à eux pour exprimer leurs revendications. Après avoir cassé des vitrines et fait brûler du propane, ils auraient dû exprimer leur inconfort dans les médias. « Ils se font silencieux alors qu'ils auraient dû profiter de cette visibilité pour faire valoir leur point de vue », se déçoit celui qui les côtoie quotidiennement.
Conséquences sur l'immobilier
Dans les jours suivant l'émeute, plusieurs citoyens ont manifesté leur crainte. Certains ont même signifié leur désir de quitter le quartier. Toutefois, la vaste couverture médiatique dont Montréal-Nord a fait l'objet aura des répercussions limitées sur le plan de l'immobilier, estime Mario Lefebvre, agent immobilier dans le secteur depuis 21 ans.
« Montréal-Nord a toujours mauvaise presse et l'émeute n'est qu'une histoire de plus. Le marché va sûrement ralentir un peu, mais ça ne durera pas », d'expliquer M. Lefebvre. Il croit que, d'ici quelques semaines, les acheteurs échaudés auront passé l'éponge et retrouveront l'intérêt pour Montréal-Nord. « Les gens oublient vite », poursuit-t-il.

(Photo: Daniel Marchand)

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