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Le Boulot vers… : 25 ans à outiller les jeunes de l'est de Montréal

Guillaume Picard par Guillaume Picard
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Article mis en ligne le 13 janvier 2009 à 17:06
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Le Boulot vers… : 25 ans à outiller les jeunes de l'est de Montréal
Nombreux sont les jeunes de Montréal-Nord qui fréquentent l'organisme.(Photo: gracieuseté)
Le Boulot vers… : 25 ans à outiller les jeunes de l'est de Montréal
Le Boulot vers…, un organisme d'insertion sociale et professionnelle pour les jeunes de l'est de Montréal, dont plusieurs de Montréal-Nord, a traversé le dernier quart de siècle contre vents et marées en offrant à la relève en difficulté le plus précieux des présents: du temps.
En 1983, alors qu'Hochelaga-Maisonneuve composait avec un taux de chômage chronique, conséquence de la désindustrialisation, les fondateurs de l'organisme Le Boulot vers… voulaient insuffler un vent d'espoir et chasser la morosité ambiante. Pour ce faire, ils ont proposé aux jeunes sans emploi un stage de formation personnalisée dans un cadre réel de travail.

Ainsi est né le projet de fabriquer des meubles à utilité sociale, un prétexte pour sortir les jeunes de leur torpeur et leur proposer une expérience de travail aussi satisfaisante qu'exigeante, avec tout ce que cela comporte de valorisation et de responsabilisation.

Vingt-cinq ans plus tard, les stages se poursuivent – et durent maintenant jusqu'à six mois – et la petite installation de la rue de Rouen, située derrière le marché Maisonneuve, s'est mise à l'ère du temps en étendant la gamme de ses produits aux composteurs.
De plus en plus de détresse
Les jeunes arrivent « puckés » et les problèmes qu'ils vivent sont de plus en plus aigus, affirme Jeanne Doré, directrice générale de l'organisme depuis 1994.
« Nous devons maintenant intervenir avant le stage, donc en amont, puis par la suite, en assurant un suivi. (…) Ces jeunes ont vécu des conditions de vie très pauvres. Ils arrivent ici sans emploi, mais aussi sans diplôme et sans expérience, souvent avec d'importantes dettes. Certains ne sont pas capables de lire un ruban gradué. Il faut dire que, comparativement à il y a 25 ans, Le Boulot vers… part de plus en plus loin avec les jeunes. En 1983, ils arrivaient ici avec un secondaire 4, en moyenne. Aujourd'hui, plusieurs ont décroché en secondaire 1 et sont illettrés », explique Mme Doré, qui cherche à accroître son budget de 200 000 $ pour intervenir plus longtemps auprès de sa clientèle. Si les pouvoirs publics soutiennent Le Boulot vers…, reste que Mme Doré milite pour une reconnaissance gouvernementale garantissant non seulement un financement récurrent, mais aussi un service mieux calqué sur les besoins de 2009.

« Des gens en santé, qui travaillent et paient des impôts, qui ont une vie bien remplie et satisfaisante, cela représente d'importantes économies pour la société, d'où l'utilité d'un organisme comme le nôtre, relate Mme Doré. Dans notre usine, qui est gérée comme une vraie entreprise, nous enseignons un métier aux jeunes, mais nous faisons beaucoup plus en leur apprenant à suivre des règles et à avoir une discipline, ce que le décrochage, très tôt, ne leur a pas permis d'acquérir. Le Boulot vers…, c'est un cadre. Ici, on commence à 7 h le matin et l'organisation, c'est le premier exercice pour les participants. On reconnaît d'ailleurs le dépassement et l'accomplissement en remettant des certificats d'assiduité. »

« L'ébénisterie n'est pas une fin en soi, c'est un moyen pour les jeunes de découvrir leurs forces et de développer leur confiance en eux-mêmes et envers les autres », ajoute-t-elle.
Avant et après
Emploi-Québec appuie Le Boulot vers…, mais la directrice générale croit que son organisme pourrait faire davantage si on lui donnait les moyens de s'attaquer aux problèmes de fond que vivent ces jeunes.
« Il y a le stage de six mois qui demeure la pierre angulaire de notre projet auprès de notre clientèle, mais il y a aussi tout le travail que nos intervenants doivent faire avant et après. Nous devrions, dans plusieurs cas, avoir un engagement de deux à trois ans avec ces jeunes qui vivent des problèmes de santé et avec la justice. Beaucoup souffrent d'isolement et un jeune sur cinq ne peut pas être retenu pour le stage parce qu'il doit d'abord régler ses problèmes. Pour ce faire, nous le référons à d'autres ressources. Il faut aussi savoir que 9 jeunes sur 10 ont été élevés par un seul parent, dans la pauvreté, et ont donc développé un système de survie. Mais, ils s'épuisent à long terme », raconte Mme Doré.
Un nouveau visage
La clientèle de l'organisme provient de Hochelaga-Maisonneuve, mais aussi de Montréal-Nord, Saint-Léonard, Saint-Michel, Rosemont, en fait de l'ensemble de l'est de la métropole.
« Montréal a beaucoup changé depuis 10 ans. Il y a de plus en plus d'immigrants dans nos groupes. La moitié de nos jeunes sont issus d'autres communautés culturelles. C'est pour cette raison qu'en 2009, nous compterons deux nouveaux intervenants provenant d'Afrique et du Mexique, pour refléter cette réalité », relate-t-elle.
Du temps…
Dans un monde idéal, affirme Jeanne Doré, « il n'y aurait pas de Boulot vers…, mais la réalité, c'est que nos services sont chaque année plus larges et plus globaux. Les jeunes, dont plusieurs ont manqué d'amour, ont besoin d'aide dans toutes les sphères de leur vie et, surtout, de temps pour changer leur vie et prendre la bonne direction. Ici, ils trouvent un terrain et un espace pour s'exprimer et apprendre qui ils sont vraiment. Ils trouvent aussi beaucoup de solidarité et d'entraide et comprennent que la différence entre échec et succès rime avec engagement. J'ai souvent l'impression que nous sommes comme une salle d'urgence. Les jeunes arrivent ici paniqués et déboussolés, mais ils ressortent grandis, avec un coffre à outils qui leur permettra de relever les défis de la vie. »

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