(Photo Jean Touchette)
Une émeute prévisible?
D'un côté, certains intervenants de milieu prétendent que les émeutes qui ont éclaté dimanche soir à Montréal-Nord étaient à prévoir, de l'autre, des leaders de la communauté soutiennent que les relations entre la population et les policiers étaient harmonieuses depuis le début de l'été.
Le tournoi annuel de basketball de rue avait lieu la fin de semaine dernière et, selon Christine Black, directrice du Centre des jeunes l'Escale, l'équipe formée de policiers a été très bien accueillie lors de son match de samedi. « Avant samedi, ça allait très bien dans les parcs entre les policiers et les jeunes depuis le début de l'été », rapporte-t-elle.
Mme Black croit que le dérapage des émeutes de dimanche soir tire son origine d'un questionnement de la population par rapport au décès de Freddy Villanueva, 18 ans, tombé sous les balles des policiers samedi soir. Une intervention policière qui a mal tourné, envoyant aussi deux autres jeunes adultes à l'hôpital.
« Nous partageons leur incompréhension, mais nous leur demandons d'attendre calmement les résultats de l'enquête menée par la Sûreté du Québec à laquelle nous les invitons à collaborer », explique-t-elle, au nom des organismes communautaires de Montréal-Nord.
« Il fallait s'y attendre »
« Les événements de dimanche soir témoignent d'un questionnement mal formulé de la population », ajoute l'intervenante de milieu de la table de concertation jeunesse de Montréal-Nord, Rose-Andrée Hubbard.
Pour quelques intervenants, une réaction telle que celle manifestée dimanche soir était à prévoir. « Il fallait s'y attendre », croit Ali Nestor Charles. Cet ancien membre des gangs de rue qui possède maintenant l'académie d'arts martiaux Ness Martial ayant pour but de sortir les jeunes de la rue côtoie plusieurs jeunes provenant de Montréal-Nord. Il déplore l'approche « pas amicale » des policiers à l'endroit des jeunes du quartier et parle d'abus de pouvoir. « Ils se sentent agressés et provoqués », exprime-t-il.
La directrice des Fourchettes de l'espoir, Brunilda Reyes, abonde dans le même sens, parlant de « relations difficiles » entre les jeunes et la police.
Trois jeunes rencontrés à l'intersection du boulevard Rolland et de la rue Pascal donnent plus de détails, soutenant qu'ils sont régulièrement victimes de profilage racial. « Dès que t'es noir, que tu t'habilles plus ample et que tu portes un afro, ils t'associent aux gangs de rue », affirme l'un d'eux.
Face à ces allégations, le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, Yves Francoeur, convient qu'aucun policier n'est parfait. Toutefois, il assure que les agents reçoivent tous une formation contre le profilage racial. « Tout est une question de perception, explique-t-il. Je donne souvent l'exemple d'un agent qui remet une contravention. S'il le fait avec le sourire, il a l'air baveux et s'il le fait sans sourire, il a l'air bête. On ne s'en sort pas. »
Rétablir le lien de confiance
Pour calmer l'atmosphère et rétablir le lien de confiance entre les autorités et la population, les dirigeants des organismes communautaires concèdent qu'il y aura beaucoup d'efforts à faire. « On doit se réunir pour analyser les ratés de notre travail », concède Mme Reyes.
« Les policiers doivent revoir leur approche en prenant conseil auprès des leaders de la communauté », croit pour sa part Ali Nestor Charles.
Pour obtenir une aide psychologique à la suite des événements de la fin de semaine dernière, veuillez contacter le CLSC local au 514 384-2000 ou les Fourchettes de l'espoir au 514 852-1492.